
Côte d’Ivoire-Présidentielles Octobre 2025-Candidature Alassane Ouattara-Un pari risqué ?
L’annonce est tombée comme un couperet, plongeant la Côte d’Ivoire dans une incertitude palpable. Le président Alassane Ouattara, à la tête du pays depuis 2011, a officialisé sa candidature pour un quatrième mandat à la présidentielle d’octobre 2025. Une décision qui, pour de nombreux observateurs et une partie de l’opposition, est perçue comme une violation flagrante de la Constitution ivoirienne. Mais sur quoi se fonde cette quatrième mandature ?. La Côte d’Ivoire court-elle vers une nouvelle crise post-électorale ?. Un « devoir » controversé face à la Constitution ? . Alassane Ouattara, âgé de 83 ans, justifie sa décision par la nécessité de faire face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent dans la sous-région, exigeant, selon lui, de l’expérience. Il a également invoqué un « devoir » qui transcenderait une promesse antérieure de 2020 de passer le pouvoir à une nouvelle génération. Il affirme que la Constitution l’autorise à se présenter et que sa santé le lui permet, mentionnant par ailleurs avoir reçu de nombreux appels de ses compatriotes l’incitant à se présenter. Cependant, cette interprétation est loin de faire l’unanimité. L’article 55 de la Constitution ivoirienne est clair : « Le Président de la République est élu pour cinq (5) ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois » . Élu en 2010 puis réélu en 2015, le président Ouattara a déjà effectué deux mandats sous l’ancienne Constitution et un troisième sous la nouvelle Constitution de 2016. La question centrale est de savoir si l’adoption de la nouvelle Constitution en 2016 a « remis les compteurs à zéro », comme l’affirme le camp présidentiel.
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Alassane Ouattara-L’article 55 de la Constitution Ivoirienne l’empêche de briguer un autre mandat
Les opposants s’appuient sur l’article 183 de la Constitution de 2016, qui établit une continuité avec les législations antérieures, y compris l’ancien article 35 de la Constitution de 2000 qui prévoyait la même limitation des mandats. Pour eux, il y a une continuité du décompte des mandats. L’article 179, en se référant au Président « en exercice », reconnaîtrait également les mandats précédents. À l’inverse, les partisans du président Ouattara soutiennent que la Constitution de 2016 est un nouveau texte qui abroge implicitement la précédente, instaurant un nouvel ordre constitutionnel. L’article 184 confirmerait cette absence d’effet rétroactif, et l’article 55 s’appliquerait uniquement aux mandats à venir. Le Conseil constitutionnel ivoirien, dont la moitié des membres est nommée par le Président, a déjà validé la candidature d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat en 2020, s’appuyant sur des précédents au Burkina Faso (Blaise Compaoré en 2005) et au Sénégal (Abdoulaye Wade en 2012) où la limitation des mandats n’a pas été appliquée aux mandats exercés sous d’anciennes constitutions. Le président Ouattara se positionne lui-même comme « l’interprète authentique » de la Constitution.
Alassane Ouattara-Candidature Présidentielles 2025-L’opposition indignée
L’annonce de cette candidature a immédiatement provoqué l’indignation de l’opposition ivoirienne et de la société civile, qui la qualifient « d’inconstitutionnelle » et de « nouvelle attaque contre la démocratie ». Des figures majeures de l’opposition, telles que Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro et Tidjane Thiam, ont été écartées du scrutin par des décisions de justice controversées, alimentant les tensions et les accusations de manipulation politique. Des arrestations de responsables de jeunesse de partis d’opposition ont également été signalées, et des manifestations ont été annulées, renforçant le sentiment d’une opposition muselée. La Côte d’Ivoire, encore traumatisée par les violences post-électorales de 2010-2011 qui ont fait plus de 3 000 morts, se retrouve à nouveau au bord du précipice. Les périodes électorales sont historiquement tendues dans ce pays, et l’exclusion des principaux leaders de l’opposition, combinée à la contestation de la légalité du mandat, fait craindre une résurgence des troubles. Le pays, qui était redevenu un pôle de stabilité dans une région secouée par les coups d’État militaires, pourrait voir cette stabilité fragilisée par cette décision controversée. La France d’Emmanuel Macron : entre silence et spéculations. La position de la France et d’Emmanuel Macron face à cette annonce est scrutée avec attention. Une rencontre à huis clos entre Alassane Ouattara et Emmanuel Macron le 16 juillet à Paris a alimenté les spéculations. Si aucun communiqué officiel n’a filtré, certains observateurs estiment que Macron a dû exhorter Ouattara à ne pas briguer un quatrième mandat, compte tenu du contexte régional et des tensions croissantes entre la France et plusieurs régimes africains. D’autres, cependant, affirment que la France ne peut plus imposer sa volonté aux présidents africains, et que le monde a changé, avec l’émergence de nouvelles influences comme la Chine et la Russie.

Alassane Ouattara-Une candidature sous le silence de la communauté internationale
Le silence des deux capitales entretient le flou et les doutes. La France, qui avait soutenu Alassane Ouattara en 2011 et toléré sa candidature en 2020, se trouve aujourd’hui face à un dilemme. Un soutien explicite à un nouveau mandat controversé pourrait provoquer une rupture similaire à celles observées au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, où les populations ont tourné le dos à la France. Mais une prise de position ferme pourrait également être perçue comme une ingérence. La question demeure : quelle sera la véritable position de la France face à cette situation délicate ?. Quel lendemain pour la Côte d’Ivoire ?. L’annonce de la candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat soulève des questions fondamentales sur l’avenir de la démocratie et de la stabilité en Côte d’Ivoire. La légitimité d’un tel mandat, contestée par une partie de la population et de la classe politique, pourrait engendrer des tensions et des violences. Le pays, qui a fait des progrès économiques significatifs ces dernières années, risque de voir ces acquis menacés par une crise politique majeure. La Côte d’Ivoire parviendra-t-elle à traverser cette période sans heurts ? Les voix de l’opposition seront-elles entendues ? La communauté internationale exercera-t-elle une pression suffisante pour garantir le respect de la Constitution et un processus électoral transparent et inclusif ? Autant de questions qui pèsent lourdement sur l’avenir de ce pays d’Afrique de l’Ouest, dont le destin semble plus incertain que jamais.

