Santé : « Le stérilet peut-il remonter jusqu’au cœur ? » : autopsie d’une rumeur qui freine la contraception à Abidjan
« Le stérilet peut-il remonter jusqu’au cœur ? » : autopsie d’une rumeur qui freine la contraception à Abidjan
Assise au bord de la table d’examen du centre de santé communautaire de Yopougon Toit rouge à Abidjan capitale économique Ivoirienne, Aminata Coulibaly, 24 ans, triture nerveusement le coin de son pagne.
Venue initialement pour renouveler une méthode contraceptive temporaire, cette mère de deux enfants hésite à franchir le pas du Dispositif Intra-Utérin (DIU), communément appelé stérilet.
La cause de sa réticence ne relève pas d’une contre-indication médicale, mais d’une peur viscérale installée lors d’une discussion au marché de Yopougon Wassakara.
« Au quartier, plusieurs femmes répètent que le stérilet ne reste pas en place. On m’a dit qu’il pouvait glisser dans le ventre, remonter jusqu’aux poumons ou même percer le cœur », confie-t-elle sous le regard bienveillant de la sage-femme.
Cette idée reçue, bien que scientifiquement totalement infondée, circule largement dans les discussions informelles et constitue un frein majeur à l’adoption de la planification familiale. Le mécanisme de la rumeur repose souvent sur une mauvaise interprétation de l’anatomie ou sur la transformation de cas rares d’expulsion spontanée.
Face à cela, le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle de Côte d’Ivoire intensifie la promotion des méthodes contraceptives à longue durée d’action (LADA).
Malgré une prévalence contraceptive moderne d’environ 28 % chez les femmes en union, l’utilisation du stérilet reste marginale (moins de 5 %) en raison du poids des préjugés.
Le Plan National Stratégique de Planification Familiale ambitionne ainsi d’atteindre plus de 30 % de prévalence et d’abaisser les besoins non satisfaits sous la barre des 21 %. Pour y parvenir, l’État mise sur la formation du personnel et la mise à disposition gratuite ou subventionnée du DIU post-partum dès la maternité.
Sur le plan médical, la possibilité pour un DIU nom scientifique du stérilet d’errer librement dans le corps relève de la pure fiction anatomique. « L’utérus est un organe musculaire clos, dont la seule ouverture vers le bas est le col utérin », explique Coulibaly, sage-femme au FSUCOM de Yopougon Toît rouge.
« Le stérilet est inséré avec précision à l’intérieur de la cavité utérine. Il ne communique pas avec la circulation sanguine ni avec la cage thoracique. Il est rigoureusement impossible qu’un stérilet remonte vers le cœur ou les poumons. Dans de très rares cas, l’utérus peut l’expulser par le bas, mais il ne « voyage » pas dans le corps. »
Pour démonter ces fausses informations, l’ONG RAES déploie des stratégies de communication de proximité et des campagnes basées sur la pédagogie, s’appuyant sur des contenus médias et des outils éducatifs interactifs à travers la saison 1 et 2 de la série ‘’C’est la vie’’.
Sur le terrain, ce travail est relayé au quotidien par les Organisations de la Société Civile (OSC) dont l’association des scouts catholique, l’ONG sauvons 2 vies et les agents de santé communautaires.
Lors des causeries éducatives organisée par les relais communautaires à travers tout le pays les langues se libèrent et les choix se font en toute confiance.
Face au poids des idées reçues diffusées sur les marchés d’Abidjan, les actions conjointes des soignants et des relais communautaires permettent de déconstruire les mythes sur le stérilet. Grâce à cette sensibilisation accrue, la contraception réversible retrouve sa vraie place : un outil médical accessible au service du libre choix des femmes.
Silvère Bossiei


